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Le prix du jus d'orange risque d'augmenter en Suisse aussi

Ric Freeman parle de ses oranges comme de pierres précieuses. Le producteur de Winter Garden, au centre de la Floride, n’est pas avare de superlatifs pour décrire ses agrumes. «Regardez cette orange, dit-il en épluchant délicatement un fruit dans l’une des interminables rangées d’arbres de son verger. La peau est légèrement irrégulière, mais à l’intérieur, la texture est riche. C’est un fruit magnifique qui va donner un jus délicieux.» Depuis le début de l’année, les prix du jus d’orange flambent dans le monde. Ric Freeman, 53 ans, évoque les facteurs à l’origine de cette hausse: «Il y a d’une part le produit chimique interdit que les Brésiliens utilisent. Cela incite les gros producteurs de jus d’orange à n’acheter que des oranges américaines. D’autre part, nous avons eu notre lot de problèmes ici, entre les catastrophes naturelles et les maladies.»
Gel et dragon jaune
Début 2012, les autorités sanitaires américaines ont découvert dans du concentré de jus d’orange en provenance du Brésil, des traces de carbendazime, un fongicide interdit aux Etats-Unis. Elles avaient été alertées par le groupe Coca-Cola, propriétaire des marques de jus d’orange Minute Maid et Simply Orange. Vingt-trois cargaisons de jus d’orange en provenance du Brésil, premier producteur mondial, et du Canada ont été bloquées ces trois dernières semaines à la frontière américaine. A la fin janvier 2012, Tropicana, une marque de jus d’orange appartenant à Pepsi, a annoncé son intention de n’utiliser plus que des fruits de Floride, créant une tension supplémentaire sur un marché déjà ébranlé par les conditions météo. En effet, en 2011, le gel a ravagé une partie des cultures d’agrumes en Floride, un Etat qui fournit 75% des oranges américaines. Ric Freeman estime avoir perdu entre 5 et 10% de ses récoltes en 2011. Il doit également lutter contre l’émergence d’un nouveau fléau: le dragon jaune, une maladie qui se propage à cause d’un petit insecte en provenance d’Asie. «Il y a encore quelques années, c’était un problème mineur, mais aujourd’hui, presque toutes les exploitations de Floride sont touchées.» Près d’un cinquième des arbres du Sunshine State seraient aujourd’hui victimes du dragon jaune.
Le producteur, qui destine 90% de ses récoltes au jus d’orange, n’a pas besoin de chercher longtemps dans son exploitation pour trouver un arbre attaqué par cette maladie. Il s’arrête devant un oranger aux feuilles et aux fruits beaucoup plus clairs que ses voisins. Le dragon jaune, qui empêche l’arbre de grandir et le fruit de mûrir, touche entre 5 à 10% de sa production. «La seule chose que je puisse faire est d’utiliser des produits chimiques pour essayer de tuer les insectes porteurs de la maladie, en attendant que les scientifiques trouvent un remède.» Quand un arbre est trop touché, les agriculteurs sont obligés de l’abattre.
Ric Freeman souligne que le coût pour entretenir ses vergers a quadruplé ces dernières années. Mais il n’est de loin pas mécontent de la situation actuelle. «C’est le jeu de l’offre et de la demande, glisse-t-il avec l’œil qui pétille. La demande est si forte que je sais que mes oranges trouveront preneur quel que soit le prix.» Il s’attend à ce que les prix restent élevés, même si le cours du concentré de jus d’orange congelé a baissé de près de 20% sur les marchés boursiers depuis un pic historique, le 23 janvier 2012. La production d’oranges de Floride devrait croître cette année de 4% par rapport à 2011 pour atteindre 146 millions de cartons. «Je peux mettre un peu d’argent de côté en ce moment, reconnaît Ric Freeman en riant. Mais il y a un truc avec les agriculteurs comme moi: nous aimons réinvestir l’argent que nous gagnons. Il se pourrait que j’achète une autre exploitation.»
Jean-Cosme Delaloye
Terre&Nature, le 16 février 2012
À noter
Quel impact sur les prix suisses?
Comment les deux géants… orange que sont Migros et Coop réagissent-ils à cette hausse de prix du jus d’orange sur les marchés internationaux? «Nous constatons cette tendance avec inquiétude, répond Monika Weibel, chargée de communication pour Migros. Et rien ne laisse présager que le marché va se détendre. Mais pour le moment, nous ne voyons pas la nécessité d’augmenter les prix. Cela pourrait cependant changer rapidement selon l’évolution de la situation.» Chez Coop, les prix n’ont pas changé non plus pour l’instant. «Les contrats avec nos fournisseurs de matières premières sont en général négociés sur le long terme à des prix qui tiennent compte des fluctuations possibles du marché, de manière à ne pas devoir sans arrêt les réadapter», explique la porte-parole Sabine Vulic.

Marché dominé par le Brésil et les Etats-Unis
Le Brésil et les Etats-Unis se disputent le marché de l’orange. Selon des statistiques du Département américain de l’agriculture, le Brésil a produit 1,25 million de tonnes en 2011, soit près du double des Etats-Unis (677 000 tonnes). En Amérique du Nord, la production est largement dominée par la Floride qui fournit 75% des agrumes. La Californie et le Texas se partagent le reste du marché.
Selon la revue Beverage Digest, les groupes Coca-Cola et Pepsi cumulent à eux seuls 59% des parts de marché du jus d’orange aux Etats-Unis. Le Brésil exporte la quasi-totalité de ses récoltes (99%) alors que le 90% de la production américaine est consommée sur place. Le problème du fongicide utilisé au Brésil, mais interdit aux Etats-Unis, a eu un impact sur les prix outre-Atlantique, car les marques américaines de jus d’orange utilisent environ 10% d’oranges brésiliennes dans leur production.
Le concentré d’orange surgelé est, comme d’autres matières premières, coté en bourse à New York. Vendredi 10 février 2012, la livre de concentré d’orange surgelé se vendait à 1,85 dollar, soit un prix élevé mais comparable à celui qui était le sien en début d’année avant l’émergence du problème de fongicide au Brésil. Le 23 janvier 2012, en pleine crise, le cours avait atteint la somme record de 2,26 dollars la livre.










