Le pic des allergies

Marianne Bonzon © Alexander Zelenka
 

Alerte rouge sur les radars de MétéoSuisse. Dans le bulletin de situation pollinique du mercredi 30 mars, publié sur Internet, la concentration globale des pollens est passée de moyenne à forte en l’espace de quelques jours. «Le bouleau vient d’entrer en floraison», explique la doctoresse Pascale Roux-Lombard, responsable du laboratoire d’immunologie et d’allergologie clinique (LIAC) à l’Hôpital universitaire de Genève, qui fait partie du réseau des quatorze stations de mesures polliniques nationales. «Doté d’un très fort pouvoir allergisant, ce pollen est particulièrement redoutable», poursuit la doctoresse. En Suisse, les spécialistes estiment que près de 10% de la population, soit près de 800 000 personnes y sont «sensibilisées», comme on dit dans le jargon.

Analyses au microscope

Comme chaque lundi, une des laborantines du LIAC s’apprête à effectuer la récolte des données polliniques hebdomadaires, indispensables à l’élaboration des bulletins de MétéoSuisse. «En service toute l’année sur le toit de l’hôpital, un capteur aspire l’air à l’aide d’une pompe, ajoute Marianne Bonzon. Les pollens et autres particules contenues dans l’air se déposent sur une bande de cellophane enduite de silicone entourant un cylindre métallique qui se trouve à l’intérieur du capteur. Chaque lundi, nous prélevons le cylindre contenant les mesures de la semaine et nous l’envoyons à l’institut MétéoSuisse de Payerne (VD).»

Le lendemain, à la première heure, soit le mardi, le biologiste Bernard Clot réceptionne ce colis, de même que ceux des autres stations de mesure nationales. «Nos laborantines découpent la bande autocollante contenant les données hebdomadaires et la divisent en séquences journalières, précise Bernard Clot. Elles déterminent ensuite au microscope la nature et la quantité de pollens mesurés. Puis, par calculs, elles quantifient leur concentration dans l’air, exprimée en grains de pollen par mètre cube.» En ce moment, ce sont surtout les pollens du bouleau et du frêne qui sont observés. «Bien que la floraison du bouleau n’en soit qu’à ses débuts, un pic est à prévoir dans les jours à venir. Nous savons par
expérience que sa concentration dans l’air augmente très rapidement.»

L’informatique prend le relais

Une fois les analyses au microscope terminées, les données sont entrées dans un système informatique, accessible aux prévisionnistes de MétéoSuisse, que ce soit à Payerne ou à Zurich. «Nous utilisons des modèles de calcul qui n’ont pas besoin de nouvelles données chaque jour, indique Andreas Pauling, qui participe à l’élaboration des bulletins polliniques. Les facteurs climatologiques sont, eux, en revanche, actualisés constamment.»

La libération effective du pollen dans l’air dépend en effet des conditions météorologiques. «Le vent transporte et disperse le pollen, précise le prévisionniste. Les températures élevées, un temps ensoleillé ou encore un léger vent favorisent son émission. Enfin, les précipitations et des températures plus basses en font baisser les concentrations. Les conditions atmosphériques règlent également la dispersion, le dépôt, de même que l’élimination du pollen par la pluie.»

Rédaction des bulletins

Les modèles traduisent alors ces différents paramètres en cartes, dites aussi pollenogrammes, à partir desquelles les spécialistes rédigent les bulletins polliniques. «Nous écrivons des textes propres à chacune des quatorze stations de mesure, rappelle Bernard Clot. Les prévisions sont faites à trois jours. Le public peut les retrouver sur notre site Internet, de même que sur le site pollen et allergie.»

Ce que les bulletins annoncent pour la fin de la semaine? «Un temps printanier de plus en plus chaud devrait favoriser la libération du pollen dans l’air, répond Bernard Clot. Les concentrations polliniques de bouleau et de frêne atteindront des valeurs élevées.» Autrement dit, les personnes allergiques seront obligées de ressortir leurs mouchoirs et leurs antihistaminiques!

Alexander Zelenka

Terre&Nature, le 31 mars 2011
 

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CALENDRIER: Des pollens agressifs

·  De janvier à mars: le noisetier et l’aune (glutineux et blanchâtre) libèrent les premiers pollens de l’année. On confond parfois les réactions allergiques qu’ils provoquent avec des symptômes de refroidissement.
·  De mars à mai: frêne et bouleau fleurissent en même temps. Leurs pollens provoquent des allergies pouvant être très fortes. Près de 10% de la population suisse est sensibilisée au bouleau.
·  De fin avril à juillet: les graminées, comme le dactyle ou la fléole, qu’on trouve aussi bien dans les prés et les prairies de plaine que dans les zones montagneuses, produisent le pollen le plus allergisant. Environ 13% de la population y est sensibilisée.
·  De juillet à août: on tend à l’ignorer, mais le pollen de maïs peut provoquer des réactions allergiques à proximité immédiate des champs.
·  D’août à septembre: l’ambroisie a un fort pouvoir allergénique, qui provoque souvent de l’asthme. L’arrivée tardive de la floraison représente une charge supplémentaire pour les personnes allergiques par une prolongation de la saison du pollen, lorsque celui des graminées n’est plus présent qu’en faibles quantités.
 

Du nouveau dans la prévision pollinique

MétéoSuisse vient de se doter d’un nouvel outil de pointe capable d’établir des prévisions polliniques pour chaque point du territoire national. Baptisé COSMO-ART, ce modèle, qui couvre une grande partie de l’Europe, calcule les concentrations de pollen dans l’air, mais il peut aussi prédire quand celui-ci est libéré, comment il se disperse et où il retombe. Doté d’un fort pouvoir allergisant, le pollen de bouleau est le premier et le seul à avoir été modélisé pour l’instant.

+ D’INFOS

Pour en savoir plus sur les mesures de pollen en Suisse et consulter les bulletins polliniques: www.meteosuisse.ch; www.pollenetallergie.ch
 

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