4/5 Patricia Tella se bat pour la sauvegarde des tortues marines

Patricia Tella © Olivier Born
 

Patricia Tella devait être prédestinée à œuvrer pour la protection des chélonidés. «Le premier mot que j’ai prononcé n’était ni papa, ni maman, mais tortue, explique celle-ci en souriant. Dès que j’en voyais à la télévision, je les regardais, fascinée, sans pouvoir m’en détacher. En grandissant, cette passion ne m’a pas quittée. A 16 ans, je suis partie à Gandoca, au Costa Rica, afin d’aider à la protection des tortues luths, l’une des sept espèces de tortues marines en voie critique d’extinction.»

Ecovolontaire avant l’heure
Ecovolontaire avant l’heure – le terme n’était pas encore à la mode! – Patricia Tella apprend dans ce petit pays d’Amérique centrale les bases de la protection des tortues sur le terrain. «Si elles passent la totalité de leur vie dans l’eau, les espèces marines enfouissent leurs œufs dans le sable lors de la ponte.» Ceux-ci éclosent après un temps d’incubation qui varie selon les espèces. C’est la température du nid qui détermine le sexe des jeunes. Au-dessus de 30 degrés, ce sont des femelles. En dessous, des mâles. «Avec les autres bénévoles, nous faisions des patrouilles de nuit, sur la plage, afin de protéger les œufs des prédateurs.» Autant de souvenirs mémorables pour la jeune Vaudoise: «Les tortues luths sont les plus grandes du monde. Certains mâles pèsent jusqu’à 1 tonne pour une longueur de 2 mètres. Sur terre, la pesanteur les fait avancer comme s’ils avaient une charge de 100 kilos sur le dos. En sentant leur souffle, bruyant et rauque, sur mon visage, je me souviens avoir pleuré.»

Cette expérience marquera à jamais Patricia Tella, qui décide de consacrer toute son énergie à la sauvegarde des tortues marines. Panama, Nicaragua, Indonésie, Japon… Après le Costa Rica, elle enchaîne les séjours à l’étranger pour participer à des programmes de conservation et affine ses connaissances sur les tortues marines. En 2007, avec l’association vaudoise Terre et Faune, elle débarque pour la première fois aux Comores, un archipel se trouvant au large du Mozambique, dans l’océan Indien. «Située sur l’île de Mohéli, la plage d’Itsamia est le plus grand site de ponte et de reproduction des tortues vertes du sud-est de l’océan Indien. Malheureusement, du braconnage à la pêche, en passant par la pollution et par la destruction des habitats, les menaces pesant sur l’espèce sont nombreuses.»

Le braconnage, un fléau
Durant trois ans, Patricia Tella effectue plusieurs séjours sur place. Avec l’appui du chimiste comorien Mohamed Said Hassani, membre de l’ONG Ulanga Ngazidja et cheville ouvrière du projet sur place, elle tente de sensibiliser la population comorienne. «J’ai fait venir un cinéaste animalier genevois à Ndroudé, un village de la Grande Comore. Il a réalisé un film sur la tortue verte, en mettant l’accent sur les principaux protagonistes qui la côtoient. En second plan de ce documentaire de trente minutes, tourné en shikomori – la langue nationale des Comores – on suit également une tortue depuis sa naissance jusqu’à ses premières brasses dans l’océan.» En parallèle au travail de sensibilisation, Mohamed Said Hassani et Patricia Tella mettent en place un programme de surveillance des principaux sites de ponte. «En 2010, avec l’appui de la Swiss Cetacean Society (SCS), qui œuvre à la protection des cétacés, j’ai levé suffisamment de fonds pour engager quatre écogardes, dont un ancien braconnier. Afin d’empêcher toute tentative de braconnage ou de prélèvement illégal de sable pour les besoins de la construction, ils font des patrouilles nocturnes régulières sur la plage.»

Bien que la loi comorienne interdise la capture des tortues marines ou leur commercialisation, un abîme sépare encore la théorie de la pratique. «La chair de tortue est un mets de choix. Vendue à plus de 1000 francs comoriens le kilo (environ 3 à 4 francs suisses), celle-ci continue d’être consommée. Faire évoluer les mentalités prend du temps.» Pour convaincre les Comoriens de cesser le prélèvement de tortues, Patricia Tella imagine le développement d’une forme de tourisme doux, la seule à même d’apporter de nouvelles sources de revenus à l’économie locale. «Pour l’instant, constate Patricia Tella, plusieurs anciens sites de ponte sont délaissés par les femelles. Mais maintenant que ceux-ci sont protégés, nous espérons voir les tortues revenir pour y déposer leurs œufs. Une fois que la situation sera revenue à la normale, il sera possible d’envisager la prochaine étape. A savoir, pourquoi pas, la mise en place d’un tourisme naturaliste et scientifique.»

Aux Comores, le braconnage et le prélèvement illégal de sable semblent avoir cessé. Après quelques mois de travail sur le terrain, la nature reprend déjà ses droits. Aujourd’hui, l’opération «tortues des Comores» se poursuit de façon très encourageante sous la responsabilité conjointe de la SCS et de Terre et Faune. Quant à Patricia Tella, elle a quitté la SCS en 2011 pour créer sa propre association, Earth & Humans et compte développer des projets dans d’autres pays, comme le Gabon et le Cap-Vert notamment. Jamais en manque d’idées quand il s’agit de faire avancer sa cause, la Vaudoise a également écrit un conte pour enfants sur les tortues, qu’elle a envoyé à plusieurs éditeurs. «Ce n’est pas parce que j’habite en Suisse que je ne peux pas faire bouger les choses!»

Alexander Zelenka

Terre&Nature, le 16 février 2012

+ D'INFOS

Site (en construction) de Patricia Tella: www.earthandhumans.org


On la voit observant de nuit une tortue marine sur la plage de Ndroudé, aux Comores. La photographie est volontairement prise sans flash, afin d’éviter tout risque de dérangement.

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Tortue verte (Chelonia mydas)

● Habitat: Membre de la famille des Cheloniidae, la tortue verte est une tortue marine présente dans les eaux tropicales de tous les océans.
● Taille: Entre 80 et 110 kilos pour une longueur moyenne de carapace de 110 cm.
● Régime alimentaire: Petits invertébrés et œufs de poisson au stade juvénile, puis algues à l’âge adulte.
● Longévité: L’espèce atteint sa maturité sexuelle entre 25 et 40 ans.
 Reproduction: La femelle peut pondre de 40 à 200 œufs.
● Principales menaces: Classée comme étant «En danger» sur la Liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale de conservation de la nature, la tortue verte est principalement victime des braconniers, mais aussi de la pêche et de la pollution.

© Photos Olivier Born/DR

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