Protection des zones humides

La réserve de la Grande-Cariçaie © Daniel Aubort
 

Nonante pour cent des zones humides ont disparu en Suisse, depuis le début du XXe siècle. Parmi les maigres reliquats, onze sites sont inscrits à la Convention de Ramsar. Signé en Iran, dans la ville éponyme, en 1971, ce traité intergouvernemental vise la conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides à travers le monde. Chaque année, le 2 février, une journée commémorative met en lumière les actions entreprises ainsi que les sites concernés.

La Suisse a adhéré à la Convention de Ramsar en 1976. «Aucun texte légal n’y fait directement référence, précise Christophe Le Nédic, responsable de la communication de l’Association de la Grande-Cariçaie. Par contre, des ordonnances fédérales portant sur les réserves d’oiseaux d’eau et de migrateurs d’importance nationale et internationale, ainsi que sur la protection des marais et des zones alluviales établissent la protection des sites. A chaque canton, ensuite, d’en assumer la responsabilité, grâce au soutien financier de la Confédération.»

Les sites hébergeant des oiseaux migrateurs, comme le Fanel, furent parmi les premiers à être protégés. Toutefois, le milieu alpin suisse offre bien d’autres attraits. Pour Tobias Salathé, responsable de la zone Europe au Secrétariat de la Convention de Ramsar à Gland (VD), l’importance de la Suisse ne fait aucun doute. «Elle est considérée comme un important «château d’eau» en Europe, car quatre grands fleuves européens y trouvent leur source: le Rhin, le Rhône, le Danube – par l’Inn – et le Pô – par le Tessin. De nombreux lacs, en amont des bassins fluviaux, hébergent une faune piscicole et avicole importante. Il faut en outre prendre en compte les nombreux glaciers qui alimentent les fleuves et créent des milieux très spécifiques. Enfin, les tourbières – haut-marais à sphaignes, bas-marais à jonc, carices et scirpes – hébergent des animaux et des végétaux spécialement adaptés, comme les plantes carnivores que sont les rossolis et autres grassettes.» Les trois dernières zones inscrites en 2005 correspondent justement à ces milieux humides dont la rareté n’a d’égale que la spécificité.

De futurs sites en Suisse?

Avec onze zones Ramsar, la Suisse a-t-elle encore du potentiel? Assurément, selon Pro Natura. L’an dernier, à l’occasion des 40 ans de la Convention de Ramsar, les sections vaudoise, jurassienne et neuchâteloise de l’association écologiste se sont engagées dans une campagne intitulée «40 sites Ramsar suisses». «Une étude préalable vient d’identifier 24 sites additionnels, uniquement pour le canton de Vaud, se réjouit Tobias Salathé. Vu la diversité des zones humides en Suisse, il pourrait aisément y avoir une cinquantaine de sites Ramsar, soit en moyenne deux par canton. Le potentiel existe aussi dans les cantons urbains et de surface restreinte.»

Rivières, lacs, marais, tourbières, zones alluviales, marges glaciaires, aquifères souterrains, oasis, estuaires, mangroves ou marais salants: la multiplicité des zones humides considérées par la Convention de Ramsar est importante. Toutes constituent une ressource d’ordre écologique, mais aussi économique et culturelle. Pour cette raison, la convention vise à préserver la valeur intrinsèque de ces écosystèmes humides tout en assurant l’exploitation durable de leurs ressources par les populations humaines, selon les principes du développement durable.

Pour preuve, la question du tourisme sera à l’ordre du jour de la 11e session de la Conférence des parties contractantes qui se tiendra en juin à Bucarest. «Les activités multiples de tourisme et de loisirs constituent en Suisse une des plus grandes sources d’utilisation, de pression et de dérangement de ces milieux aquatiques, rappelle Tobias Salathé. La pression est d’autant plus grande que les zones humides restantes sont de taille réduite et parsemées dans notre paysage intensivement cultivé et urbanisé.» Il convient dès lors de prendre grand soin de ces 10% restants.

 

Les zones humides de Suisse

Marjorie Siegrist

Terre&Nature, le 2 février 2012

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La convention de Ramsar, c'est...

  • Entrée en vigueur: le 2 février 1971 à Ramsar (Iran).
  • 1976 sites inscrits.
  • Plus de 190 millions d’hectares au total.
  • 160 parties contractantes (pays membres).
  • 11 zones inscrites en Suisse.
  • 35% des sites Ramsar enregistrent une activité touristique.

Selon le texte officiel: «La Convention sur les zones humides est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à l’action nationale et à la coopération internationale en matière de conservation et d’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.»

+ D’INFOS

www.ramsar.org

 

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