Calendrier hivernal: maintenez vos plantes en bonne santé

L'hiver des plantes d'intérieur © Isabelle Erne
 

Tout au long de la saison froide, les conditions climatiques artificiellement douces qui règnent dans les appartements privent les plantes d’intérieur du repos annuel dont elles ont besoin pour effectuer un cycle végétatif «normal». En outre, tandis que la diminution des heures d’ensoleillement ralentit leur métabolisme, la température intérieure nécessaire à notre confort incite les végétaux à continuer de croître. D’autre part enfin, le taux d’humidité de l’atmosphère, asséchée par le chauffage, ne correspond à rien de naturel pour cette période de l’année. Et si l’on continue d’arroser en espérant améliorer la situation, la confusion s’aggrave encore. Symptômes de ces dérèglements: les feuilles inférieures jaunissent, brunissent et finissent par tomber, les tiges s’allongent exagérément, certaines plantes – les cactus notamment – perdent leur forme caractéristique. Avant d’en arriver là, des mesures adéquates s’imposent. Rappel…

Les mesures préconisées ci-dessous sont à prendre dans l’ordre et au plus tard durant le mois indiqué; mais dans l’ensemble, le plus tôt sera le mieux! Sauf celles qui concernent la reprise, qui bien sûr ne peuvent s’appliquer avant la fin de l’hiver.


Novembre

Réduction de l’arrosage
Les plantes d’appartement, tropicales pour la plupart, c’est-à-dire originaires de régions aux différences saisonnières peu perceptibles, ne connaissent pas les changements de saisons. Et bien qu’elles n’aient rien à craindre du froid dans nos demeures, le régime d’ensoleillement qui prévaut sous nos latitudes dérègle leur boussole. Dès lors (à moins d’installer un éclairage artificiel), pour les adapter à leurs nouvelles conditions d’existence, le jardinier d’intérieur doit les forcer à interrompre leur croissance et provoquer un semblant d’hibernation… en leur coupant les vivres: plus d’engrais, et presque pas d’arrosage: en principe, juste ce qu’il faut pour empêcher l’assèchement complet du substrat.
Or les besoins en eau des végétaux varient selon les conditions extérieures (hygrométrie, température, luminosité), les conditions culturales (qualité et dimensions du pot, composition du mélange terreux), et les caractéristiques propres à chaque espèce. Il est donc nécessaire d’adapter cette règle de cas en cas, en se basant sur l’observation.

Les signes extérieurs de la soif
On reconnaît qu’une plante a soif à son feuillage, qui commence par ramollir, se ride puis se dessèche en commençant par brunir aux extrémités. Inutile de dire qu’à ce dernier stade, la plante – si elle se remet – aura beaucoup souffert. Mais en hiver, on peut attendre de constater les premiers signes de soif pour arroser.
Cet arrosage modéré favorise le ralentissement végétatif déjà induit par la courte durée des journées. Par contre, la chaleur des appartements va à l’encontre de ce repos, qui sera d’autant moins marqué qu’elle est plus élevée. Il faut donc adapter l’arrosage aux conditions de chauffage, en surveillant les plantes, qui souffrent pourtant plus d’un excès d’arrosage que d’une petite soif.
Notons que les plantes à feuilles minces montrent leur soif plus vite que celles à feuilles épaisses. De sorte que pour les secondes, on ne peut attendre sans dommage que le feuillage se ride pour arroser.

Le bon dosage
Avec l’expérience, en regardant et touchant le mélange, on peut en déterminer le degré d’humidité. Il existe aussi des petits instruments destinés à indiquer la teneur en eau du substrat. Ces sondes permettent de savoir où en est le sol, ce qui permet, en fonction des autres paramètres, de décider quand il est nécessaire d’arroser.
Pour donner la bonne quantité d’eau, le plus simple est de mouiller le substrat «à cœur» puis de le laisser ressuyer avant de remettre la plante en place. Pour cela, l’idéal est de la faire tremper pendant une demi-heure environ dans un récipient rempli d’eau (la moins calcaire possible), puis de le laisser s’égoutter pendant quelques minutes dans la baignoire; lorsque plus aucune eau ne s’écoule par le fond, on le remet à sa place jusqu’à la prochaine fois.
Notons que plus les pots sont grands, plus cette méthode devient difficile à appliquer. On peut alors obtenir le même résultat par un arrosage prodigué à petites doses jusqu’à saturation du substrat, sans laisser d’eau stagner dans l’écuelle.


Décembre

Régler l’éclairage
Au moins une fois sur deux, les déboires qui peuvent atteindre nos plantes d’intérieur proviennent tout bêtement d’un manque – ou d’un excès – de lumière. Logique quand on pense à leur origine: tantôt des pays de soleil, tantôt des jungles humides et profondes.
Ces plantes aux grandes facultés d’adaptation peuvent supporter un tel dépaysement, notamment en ralentissant leur rythme de croissance. Mais au-delà d’une certaine limite, elles commencent à souffrir. Cela peut prendre diverses formes: développement désaxé, absence de floraison, feuilles décolorées, tiges tordues qui s’allongent, perte de résistance aux parasites et maladies, et jusqu’à une fin subite.

Du plein soleil à la pénombre
Le respect des besoins en lumière de chaque plante suffit à prévenir ce genre d’avanies. Sans difficulté majeure, ces besoins étant rarement absolus vu la tolérance de la plupart des végétaux. Par contre, à les ignorer tout simplement, on s’expose à de mauvaises surprises.
Du point de vue de l’éclairement, les plantes se divisent en quatre groupes: celles qui réclament le plein soleil (de 100% à 60% d’intensité lumineuse); celles qui préfèrent une lumière vive (de 60 à 25%), puis une lumière moyenne; celles enfin qui ne supportent qu’une lumière faible (moins de 10% d’intensité lumineuse).
Selon leur disposition, divers obstacles et/ou réverbérations atténuent ou au contraire renforcent l’intensité lumineuse à laquelle les plantes se trouvent exposées. D’où l’utilité d’un instrument de mesure, à se procurer en jardinerie mais que l’on peut remplacer par le posemètre d’un appareil photographique. Dans ce cas, en visant une feuille blanche avec la sensibilité sur 25 ASA et la vitesse sur un quart de seconde, une ouverture de 64 ou 32 correspond au plein soleil, de 16 à la lumière vive et de 8 à une lumière moyenne.

Connaître les besoins
Une mesure aussi exacte est indispensable pour les plantes les plus exigeantes; mais les plus courantes se contentent d’une estimation facile à réaliser en fonction des fenêtres.
Le plein soleil s’obtient devant une fenêtre orientée au sud, ou dans une véranda, même légèrement tamisée par un voilage léger. Pour les plantes qui, été comme hiver, réclament un éclairage direct (cactus et succulentes).
La lumière vive est celle qui règne devant une fenêtre orientée à l’est (soleil du matin) ou à l’ouest, ou encore derrière un rideau translucide. Elle convient à de nombreux palmiers et aux plantes à fleurs ou à feuillage coloré.
• De nombreuses plantes vertes s’épanouissent à la lumière moyenne qui émane de fenêtres orientées à l’est ou à l’ouest mais légèrement ombragées, de fenêtres nord bien dégagées, ou à une certaine distance des fenêtres sud.
• Enfin, la lumière faible des salles de bains et corridors convient aux fougères, aux lierres, et à certaines plantes de sous-bois tropicaux.

 

Janvier

Régulariser l’humidité
Lorsqu’on chauffe un appartement, son humidité diminue. Voilà pourquoi, malgré une température supportable, les plantes vertes tropicales, habituées au taux d’humidité élevé, souffrent tellement dans nos appartements en hiver.
Cette basse hygrométrie est la cause principale des déboires rencontrés en hiver avec les plantes d’appartement. Pas tant avec les cactus des climats désertiques qu’avec les plantes tropicales à grandes feuilles (donc grande surface de transpiration), qui réclament en toute saison une humidité élevée.
Avant toute chose, savoir ce qu’il en est: à l’aide d’un hygromètre, instrument qui mesure l’humidité relative de l’air en pourcent. Si les 100% ne sont jamais atteints à l’intérieur – sinon peut-être dans la salle de bains, ce qui explique que les plantes y poussent souvent bien – il apparaît que le taux d’humidité dans un appartement chauffé peut descendre jusqu’à 30%, ce qui est mauvais pour la santé des habitants et fatal aux plantes vertes. La moyenne doit se situer entre 40 et 60% pour les humains (et les animaux domestiques), et au-dessus de 60% pour les végétaux tropicaux.

Elever le pourcentage
Ensuite, prendre des dispositions utiles: en disposant les plantes aussi loin que possible des sources de chaleur; en les cultivant côte à côte (elles semblent capables de tirer profit de l’eau transpirée par leurs voisines); en disposant dans un bac une couche de gravier ou de tourbe maintenue constamment mouillée et sur laquelle on les pose (crée un microclimat humide très salutaire); en lavant fréquemment les deux faces des feuilles avec une éponge douce (leur procure de l’humidité tout en les débarrassant de la poussière et des cochenilles).
Le moyen le plus radical d’augmenter l’humidité intérieure est l’humidificateur; par contre, mieux vaut éviter la vaporisation directe sur le feuillage (risques de maladies cryptogamiques et de traces calcaires). Quant à l’aération, contrairement à ce que l’on croit, elle n’a aucun effet favorable sur l’hygrométrie, car elle laisse entrer un air froid qui est plus sec.


Février

Le temps du repos
Toutes mesures adéquates ayant été prises, rien d’autre à faire que de persévérer.


Mars/avril

Reprise et rempotage
Trois mois déjà que les journées vont s’allongeant. Les plantes commencent à réagir, plus ou moins tôt selon les conditions météorologiques. Là encore, seule l’observation peut renseigner sur le moment du réveil. La reprise se manifeste par le gonflement suivi de l’éclatement de bourgeons, qu’il convient d’accompagner dans un premier temps par une reprise progressive des arrosages, puis par des apports modérés d’engrais. A appliquer tout en douceur, sans précipitation, mieux vaut avoir un peu de retard qu’être en avance.
Lorsque la reprise végétative est certaine, réinstaller les plantes aux endroits où elles passent habituellement la belle saison. On peut profiter de ce moment pour rempoter si cela s’avère nécessaire (tous les trois ans en moyenne). Rappelons qu’il faut utiliser un pot d’un diamètre supérieur de 3 cm au précédent, qu’il convient de débarrasser la plante d’un peu du vieux mélange en la secouant sans endommager les racines. Remplir le nouveau pot avec un terreau frais de même composition que l’ancien, en s’arrangeant pour que la terre arrive à hauteur du collet.

Ultime précaution, attendre environ quinze jours après un rempotage pour remettre la plante en pleine lumière.
Tout est alors prêt pour une belle saison haute en fleurs et en couleurs.

Alain Mermoud

Terre&Nature, le 25 octobre 2007
 

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Cas particuliers

En appartement, même les plantes qui ne connaissent pas de ralentissement hivernal marqué dans leur milieu naturel doivent passer par une période de repos artificiel. Sauf les orchidées et les broméliacées, qui poussent toute l’année et réclament en continu des conditions de chaleur et d’humidité aussi proches que possible de leur forêt équatoriale (à grande échelle, une serre chauffée s’impose comme gage de réussite).


Faire le bon choix

Les plantes vertes ne sont pas de simples objets décoratifs qu’on pose là comme des potiches, mais des êtres vivants. Le débutant en jardinage d’intérieur doit adapter ses choix aux conditions «climatiques» qui prévalent à son domicile. Porter son choix sur les sujets jeunes: ils s’acclimatent plus facilement. Accorder une grande attention à la qualité du feuillage. Si l’on choisit une plante à fleurs, la préférer en boutons plutôt que déjà fleurie. Penser aussi qu’elle ne fleurit pas indéfiniment, et considérer son feuillage en s’imaginant ce qu’il donnera sans les fleurs.
 

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