De nouvelles maladies incitent à davantage de précautions

Cheval © Steve Iuncker
 

Interview de Hans Wyss, directeur de l’Office vétérinaire fédéral.

Dernièrement, un centre équestre suisse a été mis sous séquestre, suite à l’importation de chevaux du Liban, pays où sévit la morve. Quelles leçons avez-vous tirées de cette affaire?
➤ Cela a démontré que le risque d’épizootie – c’est-à-dire d’une maladie touchant une espèce animale dans son ensemble et dans une région donnée – est toujours présent. Les équidés voyagent en peu de temps à travers le monde entier. Heureusement, il est rare qu’une épizootie se déclare. Mais en cas de doute, lorsqu’on est confrontés à une maladie, il faut également penser à des affections qui paraissent au premier abord invraisemblables.

Quelle est actuellement la situation générale en Suisse concernant l’état sanitaire des chevaux et le risque d’épizootie?
 La situation est bonne, nous pouvons même affirmer que notre pays est l’un des moins touchés d’Europe. Certaines épizooties, comme l’anémie infectieuse équine, ne sont plus présentes en Suisse depuis des décennies, alors que nos voisins européens sont encore atteints. Mais le risque d’une réintroduction est naturellement toujours présent, en particulier parce que de nombreux chevaux sont importés dans notre pays. Certains dangers sont connus, d’autres peuvent apparaître, d’où l’importance d’une surveillance à grande échelle.

Pourquoi craint-on les épizooties?
 Certaines d’entre elles peuvent avoir des conséquences dramatiques, que cela soit du point de vue économique ou sanitaire. En luttant contre la propagation des maladies, on préserve également la santé humaine. Par ailleurs, certaines épizooties, comme la peste équine africaine, sont tellement contagieuses que beaucoup d’équidés n’y survivraient pas. Les taux de mortalité atteignent 80%. Finalement, en cas de maladie contagieuse, la Suisse serait coupée du monde: aucun cheval ne pourrait par exemple plus aller à l’étranger pour participer à un concours ou un entraînement.

Quels sont les moyens mis en place par la Suisse pour se protéger?
➤ Il existe des mesures préventives à la fois à l’intérieur du pays et lors du trafic international. Pour les chevaux qui se trouvent en Suisse, l’enregistrement obligatoire des détenteurs d’équidés, ainsi que des équidés eux-mêmes, entré en vigueur cette année, est un point essentiel. Cette mesure permet d’intervenir rapidement en cas d’épizootie. De plus, le passage de frontière pour se rendre dans l’Union européenne ou dans les pays hors de l’Europe est strictement réglementé. Une attestation vétérinaire est nécessaire. Les importations en provenance de certains pays sont même interdites ou soumises à des examens sanguins, voire à une quarantaine. Les mesures prises une fois une épizootie déclarée dépendent de la nature de celle-ci: de prescriptions bénignes à l’abattage des animaux atteints en passant par la mise en quarantaine, le panel de réactions est large.

Craint-on les mêmes épizooties aujourd’hui qu’il y a vingt ans?
➤ Les risques ont passablement évolué ces dernières années. De nombreux efforts ont été consentis au niveau de la prévention, ce qui a eu pour conséquence de diminuer le danger d’y être confronté. Mais les déplacements de chevaux tout autour du globe se multiplient rapidement, ce qui apporte de nouvelles menaces. Cela est avec certitude le facteur déterminant quant à l’évolution de la situation en Suisse. Alors qu’il y a vingt ans, seules les maladies en provenance d’Europe nous concernaient, aujourd’hui des épizooties du monde entier peuvent apparaître chez nous en très peu de temps. Les facteurs environnementaux, comme le réchauffement climatique, peuvent également avoir une influence sur l’augmentation des épizooties transmises par un vecteur. On constate que les maladies propagées par les moustiques ou les mouches, comme dans le cas de la peste équine africaine, se déplacent de plus en plus dans des régions où elles n’étaient pas présentes auparavant.

Les vétérinaires et détenteurs de chevaux sont-ils encore assez conscients des risques?
 Pas toujours, car effectivement beaucoup d’épizooties sont méconnues chez nous, soit parce qu’elles ne sont plus apparues depuis des décennies, soit parce qu’on n’y a même jamais été confrontés. Il est de notre devoir, à l’Office vétérinaire fédéral, d’informer en permanence les vétérinaires et les détenteurs de chevaux des risques actuels. Nous devons leur donner les moyens de reconnaître les symptômes d’une maladie exotique rare. Quand rien ne se passe pendant longtemps, on a tendance à oublier que des épizooties peuvent toujours se déclarer. Il faut en rester conscient.

En tant que propriétaire, comment protéger son cheval?
 Il est important de respecter les principes de base d’hygiène dans l’écurie et lors des soins aux chevaux. En cas d’achat à l’étranger ou lors de voyages, on doit s’informer des risques et des mesures en vigueur. Cependant, il ne faut pas dramatiser, les risques restent minimes.

Propos recueillis par Véronique Curchod

Terre&Nature, le 15 décembre 2011

 

© Photo Véronique Curchod

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Au service de la santé animale

L’Office vétérinaire fédéral, qui dépend du Département fédéral de l’économie, traite des questions de santé animale, de protection des animaux et de sécurité des denrées alimentaires d’origine animale. Ses autres domaines d’activité sont liés au passage de frontière: l’importation, l’exportation et le transit de produits d’origine animale, d’animaux de rente ou de compagnie ainsi que le contrôle du commerce international des espèces menacées d’extinction sont supervisés par cet office, qui est basé à Berne.

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