Dès 2012, la Suisse se dotera d’une stratégie antisécheresse

La sécheresse en Suisse © www.idecode.ch
 

Pour les météorologues, l’année 2011 se termine comme elle a commencé: c’est-à-dire avec des records et des superlatifs. «Le printemps 2011 a été le plus chaud au niveau national depuis le début des mesures en 1864», indiquait MétéoSuisse dans son bulletin saisonnier publié en début d’année. L’automne s’inscrit dans la même tendance: «La Suisse a vécu son deuxième automne le plus chaud depuis le début des mesures il y a quelque cent cinquante ans», précisait encore MétéoSuisse fin novembre. Préoccupé par la hausse des températures et par la recrudescence des épisodes de sécheresse, le Conseil fédéral a chargé plusieurs groupes de travail d’élaborer une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique. Celle-ci comptera un volet visant à optimiser la gestion de l’eau qui permettra notamment de mieux lutter contre la sécheresse. Sa préparation a été confiée à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).

Niveaux d’eau très bas

Si le contenu du document est encore secret, les experts ne cachent pas que la situation est tendue. La multiplication de périodes toujours plus longues de beau temps, souvent accompagnées d’épisodes de sécheresse, a un fort impact sur le système hydrique. «Actuellement, le niveau des cours d’eau, notamment en Suisse romande, dans le Jura et au nord des Alpes, est largement inférieur à la moyenne saisonnière, constate Silvia Morf, hydrologue à l’OFEV. Il n’y a quasiment pas eu de précipitations depuis septembre. On peut sans exagération parler d’une conjoncture exceptionnelle.»

En ce qui concerne les eaux souterraines, le tableau de cette fin 2011 n’est guère plus réjouissant: «En Suisse romande, et dans la Broye vaudoise en particulier, les niveaux sont inférieurs à la moyenne, ajoute Silvia Morf. En novembre, de nouveaux minima ont même été enregistrés dans la région!» Le niveau des lacs est également en dessous des moyennes saisonnières. Ceux de Bienne (BE), de Morat (FR) et de Neuchâtel sont en particulier touchés.

Mieux gérer l’or bleu

En dépit de la sécheresse actuelle, la Suisse est toujours considérée comme le château d’eau de l’Europe. Il n’empêche qu’elle est toujours plus concernée par la nécessité de préserver l’une de ses ressources les plus précieuses. «Nous sommes en train de concrétiser les principes de la gestion intégrée des eaux par bassin-versant, qui joue un rôle important dans la stratégie d’adaptation aux changements climatiques», explique Patrizia Dazio, collaboratrice scientifique à l’OFEV.

Cette approche, qui poursuit des objectifs à long terme, évalue les divers besoins par bassin-versant. «Elle permettra de mieux concilier utilisation et protection des eaux, tenant compte entre autres des besoins de la population, des agriculteurs, des producteurs d’énergie et des milieux du tourisme.»

Solutions pour l’agriculture

Une fois le nouveau modèle de gestion de l’eau défini, il appartiendra aux cantons de l’appliquer. Responsable de la division économique hydraulique au sein du Service de l’eau, des sols et de l’assainissement (SESA) du canton de Vaud, Philippe Hohl estime que la gestion intégrée de l’eau prônée par l’OFEV est la seule manière d’éviter d’éventuels conflits. «Depuis dix ans, la pression sur l’eau s’accentue à certaines périodes. Un été sur deux, nous interdisons aux agriculteurs de pomper de l’eau dans les rivières afin de ménager la biodiversité.»

Pour aider ces derniers à mieux faire face à la sécheresse, l’hydrologue imagine que de grands bassins pourraient être creusés et remplis par pompage avec l’eau de certains lacs, voire par les crues des rivières. «Cela engendrera des coûts importants, tant de construction que d’entretien. Mais les exploitants de remontées mécaniques le font déjà pour alimenter les canons à neige. C’est donc que c’est possible!» Autre solution: étendre la construction de réseaux souterrains identiques à celui qui serpente sur 70 kilomètres sous les champs de Nyon. «Celui-ci permet aux agriculteurs de prélever l’eau en se branchant au réseau, là où ils le souhaitent. Ce système présente l’avantage de ne pas drainer inutilement les terres ni d’assécher les rivières.» Et Philippe Hohl de conclure: «Par rapport à nos voisins, nous sommes encore privilégiés. Chacun a accès à l’eau en Suisse. Mais il appartient à tous de prendre conscience que ce n’est pas une ressource illimitée. Il faut l’économiser, sans quoi on arrivera à des situations où l’on sera obligé de privilégier certains utilisateurs plutôt que d’autres.»

Alexander Zelenka

Terre&Nature, le 8 décembre 2011
 

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Prévoir les futurs épisodes secs

Depuis 2010, une quinzaine de chercheurs de l’Ecole polytechnique de Zurich ainsi que d’autres instituts suisses étudient la sécheresse dans le cadre du Programme national de recherche 61 (PNR 61) sur la gestion de l’eau, qui a démarré en 2010. «Notre but est de mieux connaître ce phénomène, qui n’a encore jamais fait l’objet d’études scientifiques poussées en Suisse», explique Sonia Seneviratne, professeure de climatologie à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et coordinatrice du PNR 61. «Il existe différents types de sécheresse. Certaines sont relatives aux précipitations, d’autres aux sols ou encore au niveau des cours d’eau. Durant la première phase du projet, nous avons entrepris de toutes les analyser puis de les modéliser.» La deuxième phase du projet démarrera début 2012 avec la mise sur pied d’une plateforme d’alerte, qui devrait permettre de donner des prévisions concernant la sécheresse au-delà de deux semaines. «Les prévisions météorologiques ne vont pas au-delà de dix jours, relève Sonia Seneviratne. Or, de nombreux indices, qu’il s’agisse de l’état des cours d’eau ou du taux d’humidité dans les sols, permettent de détecter certaines conditions critiques préludant à l’apparition d’un épisode sec. Ces signaux s’accumulent dans le temps. Nous voulons développer l’outil qui permettra de les diagnostiquer.»

 

Quatre exemples de sécheresse en Suisse romande en 2011

 

AVRIL: Vers Lully (GE), l’Aire est asséchée. Le printemps 2011 a été le plus chaud au niveau national depuis le début des mesures en 1864, constate MétéoSuisse. © Laurent Guiraud
 

MAI: Soral (GE), les vignes d’Emile Battiaz souffrent du manque d’eau. Pour se prémunir de la sécheresse, le vigneron a planté, entre les ceps de vigne, un herbage moins gourmand en eau. © Steeve Iuncker-Gomez
 

MAI: Au lac de Bret (VD), le niveau de l’eau est de 1,50 m plus bas que la normale. Gérald Corbaz, contremaître de la station de traitement des eaux de la Ville de Lausanne. © Gérald Bosshard
 

NOVEMBRE: Poissine (VD), le garde-pêche Philippe Waridel est inquiet. Le niveau bas de l’Arnon, qui sépare les communes de Grandson et de Bonvillars, rend les passages à poissons trop difficiles. © Olivier Allenspach
 

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