3/4 Le rêve difficile d'une Bernoise

Chambres d'hôte © DR
 

«J’ai toujours rêvé d’avoir une maison d’hôte avec un grand jardin soit en Italie, soit en France, mais tout est trop petit et trop cher», explique Nicole Affolter en embrassant du regard ses chevaux et les hectares d’arbres fruitiers qui entourent la Carmelita, sa demeure. Ce petit bout de femme, la quarantaine au regard pétillant, a quitté il y a cinq ans son canton de Berne natal pour réaliser son rêve de bed & breakfast au centre de l’Argentine. Elle a acheté une maison dans les environs de la petite ville de San Rafael, située à 900 kilomètres à l’ouest de la capitale Buenos Aires. Une maison et un terrain correspondant toutefois plus à la conception que se fait un Européen de l’estancia que du gîte rural.

Tout a été très rapide pour Nicole. En la personne de son oncle Beat, garde forestier dans les montagnes de Patagonie, elle a eu un exemple d’expérience réussie en Argentine. «Au début, je voulais suivre les pas de mon oncle et m’installer dans la même région, se souvient-elle, peut-être par nostalgie de la Suisse et de ses montagnes.» Mais elle abandonne rapidement ce projet. «Le climat y est trop dur.» Elle jette alors son dévolu sur la région de San Rafael qui jouit de trois cents jours de soleil par an. Elle contacte des agences de la région depuis la Suisse. Et, en 2006, l’une d’elles lui envoie des photos de la Carmelita. Emballée, elle traverse alors l’Atlantique, convaincue que c’est là qu’elle doit réaliser son rêve. Avec l’aide de ses parents, elle achète le domaine qui comprend une magnifique maison située sur un terrain de vingt hectares. Or, si par ses dimensions, la maison de Nicole rappelle plus la gare de Zurich qu’une villa mitoyenne de la côte vaudoise, elle n’est pas bien adaptée à la réception de touristes en quête de repos et de tranquillité. Nicole décide donc de construire deux annexes de quatre chambres dans le même style architectural. Mais ce sera aussi son premier retour sur terre, tant la réalité de l’Argentine est différente de celle de la Suisse. «Aujourd’hui, c’est terminé, mais c’est un miracle si je n’ai pas fait un ulcère ou si je n’ai pas envoyé tout balader.» Elle avoue avoir payé les travaux deux ou trois fois leur prix.

Les distributeurs font la loi
Autre désillusion de Nicole, les oliviers, les pruniers et la vigne qu’elle a acquis sont loin de rapporter ce qu’elle imaginait. «Quand j’ai acheté ce terrain, je pensais que les fruits allaient me permettre d’assurer un revenu stable et que l’hôtellerie serait un plus. Or c’est le contraire qui se passe. Ici, c’est comme en Europe, voire pire, ce sont les distributeurs qui font la loi», s’exclame-t-elle, furieuse. En effet, les prix sont fixés le plus souvent au mépris de la réalité de l’agriculteur et varient en cours de saison, pouvant passer du simple au triple d’une année à l’autre. «Il est très difficile de faire des projections, soupire la Bernoise. En ce moment, c’est l’olive qui marche et la prune qui ne vaut rien. Mais il est possible que, l’année prochaine, ce soit le contraire.» Autres soucis pour Nicole: les conditions météorologiques qui peuvent être catastrophiques pour ses fruits. «Je suis constamment l’évolution des tempêtes sur le radar», explique la jeune femme qui est encore plus inquiète quant à son approvisionnement en eau. «J’ai droit à deux jours d’eau par semaine pour arroser mes arbres, quel que soit le débit.» Faute d’eau en suffisance, Nicole a déjà dû abandonner la culture de luzerne qu’elle pratiquait sur deux de ses vingt hectares.

S’adapter à la mentalité du pays
A ces soucis s’ajoute une mentalité à laquelle il faut s’adapter. «Ici, il est très difficile de compter sur les gens. En Suisse, on te dit je viens à telle heure et la personne est ponctuelle. Ici, jamais. C’est dur, surtout en période de cueillette.» De plus, tout ouvrier agricole qui touche des allocations de chômage n’a pas le droit de travailler. Les bénéficiaires préfèrent donc renoncer à un travail temporaire, même mieux payé, que de risquer de perdre leurs allocations.

Mais Nicole Affolter n’entend pas pour autant baisser les bras et se consacre entièrement à son entreprise. Tout est pensé à la suisse chez elle, du petit-déjeuner au confort des chambres (fenêtres à double vitrage, rarissimes en Argentine) et à leur décoration. Et les visiteurs se sentent bien à la Carmelita, car ce qui fait aussi son attrait et son charme, c’est l’espace et cette impression unique d’être seul au milieu de terres infinies. Un luxe rare de nos jours mais encore accessible dans l’immensité de l’Argentine.

Pierre Bratschi

Terre&Nature, le 2 février 2012

+ D’INFOS

Hôtel rural La Carmelita: www.fincalacarmelita.com
 

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Un choix assumé malgré les contrariétés

L’hôtel de la Carmelita se trouve à une dizaine de kilomètres de San Rafael, au milieu d’un domaine d’une vingtaine d’hectares, dont quatre sont dédiés à l’olive, quatre à la prune et deux au raisin. Nicole Affolter vend toute sa production, mais fabrique quelques confitures pour agrémenter les petits-déjeuners des clients de l’hôtel. Amoureuse des animaux, elle a trois chiens, quatre chevaux, des oies et des poules et deux lamas, un mâle et une femelle. Elle espère produire de la laine de lama, réputée sur le marché. Elle a la chance de se faire aider par ses parents qui se rendent à la Carmelita d’octobre à mai. La jeune femme propose également une place de stage à des diplômés en agriculture qui désirent parfaire leur formation. «La Carmelita, c’est mon bébé, je me dédie entièrement à lui, mais si la vie en Argentine devient trop compliquée, je sais que je peux toujours rentrer», confie-t-elle. Toutefois, malgré les difficultés, elle ne regrette pas son choix.
 
 
© Photos DR

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